Inventaire — Anon. : Verdun BM 77 f. 24v (H)

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Datation
Date: 
11e siècle (début).
Date post: 
0990
Date ante: 
1050

 

Anon. : Verdun BM 77 f. 24v (H)

Source : *Verdun, BM, ms. 77, f. 24v

Ed. : A.-M. Turcan-Verkerk  > plus de détails dans le répertoire BMF

 

Reconstitution d'un texte effacé ; l'état de la copie ne permet pas, dans de trop nombreux cas, la certitude. Il convient cependant de distinguer les restitutions plausibles (par ex. "Ovidius de amatoria arte", presque lisible sur la photo), fondées sur le déchiffrage de quelques jambages et une familiarisation avec le ductus du scribe, des reconstructions élaborées grâce à la confrontation entre les quelques éléments de lettres qui subsistent et d'autres catalogues contemporains (par ex. P..∫.u∫ : Persius). Nos choix sont expliqués dans les notes.

Restitutions et reconstructions sont imprimées en italique.

Les caractères non-identifiés ou totalement effacés sont signalés par des points entre crochets droits.

Tous les titres sont séparés par un point dans l'original.

Les barres obliques précédées d'un numéro indiquent les fins de lignes.

La numérotation ne figure pas dans le document.

 

Libri . Fratris . Wa[....]∫  (a) 1/

 1- Priscianus .

 2- Persius .

 3- P[...] (b) 2/

 4- Ouidij magni . (c)

 5- Dvo Ouidij 3/ triscium .

 6- Ouidius in ybiN . (d) 4/

 7- Ouidij epistularum tres .

 8- Ouidius  (e) 5/ de puncto .

 9- Ouidius de ama (f) 6/toria arte . (g)

10- Ouidius de re 7/ mediis amoris .

11- Huratius . 8/

12- Salustius .

13- Therentius .

14- Boe 9/ cius de consolatione .

15- Pru 10/ dentius Sychomachię. (h)

16- Glosę super bau. Au[.] (i) 11/

17- Glosę super [......] de [.....] (j) 12/

18- [.]e  (k) Ambrosius (l) hoc (m) est super sacramentis . (n) 13/

19- I[d]em (o) super Bea[.........] (p) glosę (q)14/

20- [......] (r)

21- Ph[.]te [..amma.] (s) 15/

22/23- [..]d[.]l[.]s [...........] (t) 16/

24/25- Musica  (u) [....] [....]ydos . (v) 17/


(a) L'état du manuscrit ne permet guère de savoir s'il faut restituer FriS  ou lire simplement F. S. Le tilde peut porter seulement sur le S, comme on le trouve au f. 1 (d'une main, il est vrai, postérieure à la copie du manuscrit), et l'abréviation être ainsi développée "Sancti" ; la seule interprétation possible pour le F. serait alors "Fratrum" : "Liber fratrum sancti W...". Ces abréviations seraient doublement étranges. Le scribe a l'habitude de décaler son signe abréviatif sur la droite plutôt que sur la gauche (cf. l. 5 eplaru ); étant donné sa place, il paraît plus naturel de penser qu'il représente une abréviation par contraction portant sur un mot . D'autre part, on ne trouve pas dans les intitulés de catalogues médiévaux l'expression "Libri fratrum sancti ......". Quand les livres appartiennent à une communauté, on trouve généralement Libri suivi du nom du saint au génitif. "Fratris" ne se rencontre pas davantage, mais il n'est pas rare qu'un inventaire décrive la bibliothèque d'un individu[1]. Il y a d'ailleurs entre le F et le S l'espace suffisant pour un R et un I. A ce stade, la numérisation, qui ne permet pas de lire, met en évidence les points où la plume insiste ; ainsi, nous pouvons voir qu'entre le F et le S surmonté d'un tilde, on reconnaît les points principaux du R et du I lisibles dans LIBRI, surtout dans la partie inférieure de la lettre (pl. 12). Les angles formés par ces points sont identiques dans les deux mots. Le point supérieur de la base du R est plus noir dans FriS  que dans LIBRI parce qu'il coïncide avec la barre horizontale du F. De l'élucidation de cette abréviation dépend en partie l'interprétation du document, qui s'avère être la liste des livres d'un particulier et non d'une communauté. Cela peut expliquer que le document ait été effacé après la mort du possesseur de cette bibliothèque, ou le passage du manuscrit en d'autres mains : cette liste n'était plus d'aucune utilité, ou même était gênante... aussi la première ligne, trop compromettante, a-t-elle été grattée avec un soin particulier. Comment se nommait ce moine bibliophile? On lit très bien un W ; grâce au vidéo-microscope, nous avons distingué nettement à sa suite une minuscule qui pourrait être un o ou la panse d'un a (pl. 12c). Par le même moyen, nous avons pu voir qu'il y avait ensuite une lettre à haste montante. Il reste l'espace de deux caractères ou trois, et d'infimes traces d'encre en hauteur permettent de supposer que le nom se terminait par une lettre haute ; celui-ci étant nécessairement au génitif, il ne peut donc s'agir que d'un génitif de troisième déclinaison. Notre homme pouvait donc se nommer Waldo, Waldonis, Walo, Walonis ou Watso, Watsonis parfois orthographié Waso etc...

 (b) L'initiale peut être un P (cf. les deux premiers noms d'auteurs) : le scribe renforce en effet la base du P d'un petit trait de plume. Mais il pourrait aussi s'agir d'un B : voir le tracé de Boecius (pl. 12d). On peut songer, mais ce n'est qu'une hypothèse de travail, à Beda : il s'agirait alors vraisemblablement de ses oeuvres grammaticales.

(c) Le i long final est visible sur la meilleure des photographies aux U.V. dont je dispose (pl. 11). Quoique léger, on le reconnaît à sa cambrure, dont nous possédons un bon spécimen sur la même ligne. Il est demeuré impossible de lire le mot suivant; on peut cependant formuler une hypothèse, car on distingue un petit trait horizontal en-dessous de la ligne rectrice à peu près au milieu de l'espace disponible. Or, dans de nombreux catalogues médiévaux, les Métamorphoses -que le nôtre ne mentionne pas sous ce titre- sont appelées Ovidius maior ou Ovidius magnus[2]. Je pense que notre trait horizontal ne peut être que le résidu de la panse d'un g (cf. l. 14), et que l'on peut restituer sans grand risque d'erreur Ouidii magni.

(d)  La présence en fin de ligne de ce N capital n'est pas surprenante à pareille époque.

(e) Contrairement à ce qu'il fait en 7, le scribe utilise ici l'abréviation pour "tenir" dans la justification  qu'il s'est fixée, qui correspond à l'une des colonnes du recto.

(f) On croit lire ana. En réalité, la partie gauche du a est effacée plus que le reste, et ce que l'on prend pour un a suivi d'un n est le second trait du a et le premier du m.

(g) "arte", vraisemblable, peut être déchiffré, fût-ce avec difficulté.

(h) On ne distingue très nettement que les parties inférieure et supérieure des caractères, cependant le doute n'est pas possible. Je pense que l'on a bien une e caudata à la fin du mot ; cela correspond à l'usage déjà observé plus haut et très ordinaire dans les catalogues médiévaux : nom de l'auteur au nominatif suivi du titre de l'oeuvre au génitif[3] .

(i) Les 7 dernières lignes du catalogue sont particulièrement illisibles. Le premier mot, assez mystérieux, me semble devoir être "Glos", par analogie avec le "glos" de la ligne 14 : même espace occupé, n'était l'initiale plus importante, même syllabe finale, où l'on reconnaît le trait de plume de la cauda de "Sychomachi". On devine ce même mot à la ligne suivante (l. 12), suivi du même "super". Nous sommes entrés dans une autre "section" du catalogue. Il est plus malaisé d'interpréter les signes qui suivent. Je propose pourtant la lecture "bau . Au .", "beatum Augustinum". La numérisation semble confirmer cette hypothèse.

(j) Ce mot, illisible, se termine par une voyelle, sans doute u, surmontée d'un tilde. La première lettre possède une haste ascendante. Le mot qui suit ressemble par son tracé au "de" de la ligne 7 "de remediis". Ce qui me semble devoir être retenu, c'est la structure super [nom d'auteur] de [titre du traité].

(k) Ce caractère appartient-il encore au mot précédent, ou doit-il être lu avec le nom qui suit (par ex. be. beatus?) ? il n'est guère possible d'en décider.

(l) "A'bros.". On trouve l'abréviation Ambros. dans le catalogue de la bibliothèque de Saint-Epvre de Toul (Becker n° 68, Gottlieb n° 406), datant du troisième quart du XIe siècle.

(m) Capelli ne signale l'abréviation h . e . = hoc est qu'au XVe siècle. Le scribe de Verdun, BM 51 écrit pour hoc un h dont la panse est surmontée d'un apex. Peut-être cet apex a-t-il disparu ici, ou s'est-il fondu avec le tilde de est.

(n) La première lettre semble être un s minuscule analogue à celui de super. La haste me semble en effet trop allongée pour qu'il puisse s'agir d'un l (cf. la différence de hauteur des hastes dans "consolatione" l. 10). La présence d'un tilde sur le m final, après un a et avant un caractère qui pourrait être un t suivi d'un point, invite à reconstruire sacramentis, "∫acrat.". Le mot est très sujet à ce genre d'abréviation, et l'ouvrage extrêmement fréquent dans les inventaires médiévaux.

(o) On est tenté de restituer ici "idem" : on distingue l'extrémité supérieure d'une lettre haute à l'extrême gauche de la ligne. Suit un blanc : le scribe a coutume de laisser un tel espace entre la majuscule d'un nom et les minuscules qui suivent (cf. par ex. O uidius l. 5) ; puis une légère trace d'encre et, semble-t-il, un e surmonté d'un tilde. Pourrait-on lire aussi "Item"? L'usage de ce mot est étranger au catalogueur.

(p) La numérisation comme le vidéo-microscope (pl. 12) montrent un B plutôt qu'un P. Il est tentant de lire Bea...., en songeant au titre d'Ambroise très fréquent dans les inventaires médiévaux, Super Beati Immaculati. Cependant, le nombre de caractères qui suit, évalué en fonction de la taille moyenne des lettres, paraît insuffisant. Surtout, on ne distingue pas la présence du l barré qui n'aurait pas manqué d'abréger la syllabe -cul- . En revanche, Super Beati pourrait s'insérer dans l'espace disponible, mais je n'ai jamais rencontré ce titre pareillement abrégé. On peut également proposer "super Beatam vitam".

(q) Il est délicat de préciser si glosappartient à ce titre ou au suivant. Cela dit, l'auteur de la liste a l'habitude de l'employer en début d'article.

(r) Ce mot, à première vue lisible, ne l'est guère. Le premier jambage résiste à l'interprétation. Suivent un o ou un e, et peut-être le haut d'un r. On croit ensuite lire un a (mais il faut se défier de la transparence du parchemin), un r et, avec quelques réserves, l'abréviation de -us utilisée l. 5 et 6 ; il peut donc s'agir d'un nom d'auteur au nominatif.

(s) Si Phoce est une bonne interprétation -mais les noms d'auteurs sont toujours au nominatif dans ce document (à moins que l'on n'ait ici un pluriel)- on peut supposer ensuite "grammatica", bien que l'on ne distingue pas la panse d'un g, pourtant bien conservée à la ligne précédente. Les deux mots sont séparés par un accident matériel qui brouille les pistes.

(t) La 16e ligne est l'une des plus détériorées. On distingue dans un premier mot deux hastes ascendantes, dont la première rappelle la haste épatée du d ou du h (cf. l. 7 ou 8), la seconde la montée plus souple d'un l. Le mot se termine par un s. La ligne courbe orientée vers la gauche qui suit ne peut guère être rapprochée que du A majuscule (par ex. l. 13). Après une haste descendante non-identifiée vient un groupe de deux lettres en ligature qui rappelle la ligature ct très nette de la l. 6. Mais il peut s'agir de la ligature st dont nous n'avons pas d'autre exemple dans la page. On devine ensuite trois jambages puis un espace pouvant accueillir trois à quatre caractères. Rien ne permet de savoir à combien d'entrées correspondent ces mots grattés.

(u) C'est au M capital que cette initiale est le moins étrangère. Il me semble qu'on lit ensuite "usica", même si le a final est un peu éloigné du c.

(v) Les quatre dernières lettres ne font pas de doute. A cet égard, la numérisation est très éclairante : on peut comparer le y de "ybiN" et le premier de ces quatre caractères : les points d'insistance de la plume, dans la mesure où l'état du parchemin permet de les observer, sont les mêmes. Cf. pl. 12e : dans ybiN, la partie droite du y est effacée, mais l'on voit qu'il n'y a pas continuité entre le trait 1 et le trait 2 ; dans le dernier mot, le trait 1 est à demi effacé, mais on voit que la position relative des points d'insistance est la même dans les deux cas. Il existait peut-être un caractère entre le y et le -dos  qui suit. Devant la structure [un mot] + [.....]ydos, on peut songer à un nom d'auteur suivi d'un titre au génitif ; peu de solutions sont plausibles : Vergilius Aeneydos, Statius Achilleydos, Statius Thebaydos. On peut aussi penser -mais nous avons nettement un o dans la syllabe finale- aux titres cités par P. Lehmann[4] : Scolica enchiriadis de musica, Musica enchiriadis attribuée à Hucbald de Saint-Amand, à Odon de Cluny, à Otger de Saint-Pons de Thomières etc.. L'article entier pourrait alors être "Musica Otgeri enchiryados" ; Otger me semble un bon candidat, car on distingue à ce niveau une légère trace d'encre au-dessous de la ligne de réglure. Si l'on a bien un g, Vergilius Aeneydos n'est pas non plus impossible : on ne peut rien affirmer.

 

 


[1]G. Becker, Catalogi bibliothecarum antiqui, Bruxelles 1969 (= Bonn 1885) n° 41, 44 (Isti sunt libri Waltherii monachi), 103, 105, 126 entre autres.

[2]Cf. B. Munk Olsen, Ovide au Moyen Age (du IXe au XIIe siècle) dans Le strade del testo a cura di G. Cavallo, Bari 1987 p. 90 n. 5.

[3]Cf. P. Lehmann, Mittelalterliche Büchertitel dans Erforschung des Mittelalters... 5, Stuttgart 1962 p. 41-2.

[4]Mittelalterliche Büchertitel...  p. 15-6.     

 


How to quote this page : Turcan, Anne-Marie, « Inventaire — Anon. : Verdun BM 77 f. 24v (H) », dans Libraria, Éditions d’inventaires, Paris, IRHT, 2009 (Ædilis, Sites de programmes scientifiques, 4) [En ligne] http://www.libraria.fr/en/editions/inventaire-—-anon-verdun-bm-77-f-24v-h