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Ce blog est exclusivement dédié au manuscrit médiéval, jusqu'à ses rapports avec les premiers incunables. Veille concernant les Livres d'heures français. This blog is exclusively dedicated to medieval manuscripts, up to and including their relationships with early printing
Updated: 12 weeks 1 day ago

I N C I P I T

17/11/15


Ce blog, dédié au maître Léopold Delisle (1826-1910), et à l'érudit François Duine, clericus dolensis (1870-1924) est exclusivement (ou presque !) consacré au manuscrit médiéval, jusqu'à ses rapports avec les premiers incunables. Toutes informations sur le sujet seront appréciées. N'hésitez pas à publier vos commentaires et à soumettre vos avis.
This blog is dedicated to the great manuscript scholar Léopold Delisle (1826-1910), and to François Duine, clericus dolensis (1870-1924), and (almost exclusively!) to medieval manuscripts, up to and including their relationships with early printing.
All contributions to this subject are welcomed, as well as any additional commentary or opinions.
Jean-Luc Deuffic
Contact : pecia29@orange.fr /// Site web // Academia.edu

[ Illustration : Cambrai BM, 620 . © Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS

L A   R E V U E  /  T H E    J O U R N A L
PECIA : LE LIVRE ET L'ECRIT [link] - Edition : Brepols Publishers (Turnhout)
DERNIERS VOLUMES PARUS
Pecia. Le livre et l'écrit, 14 (2011) 2012 : Texte, liturgie et mémoire dans l'Église du Moyen Âge
Pecia. Le livre et l'écrit, 15 (2012) 2014 : « Qu'il mecte ma povre ame en céleste lumière ». Les funérailles d’une reine: Anne de Bretagne (1514). Textes, images et manuscrits
Toujours disponible
Jean-Luc Deuffic. Inventaire des livres liturgiques de Bretagne. Livres d’heures, de piété, de dévotion et ouvrages associés antérieurs à 1790. Présentation [lien / link]

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The Illuminated Book of Hours in Brittany / Le livre d'heures enluminé en Bretagne

12/11/15

We are pleased to announce that Mr. Roger S. Wieck, Curator in the Department of Medieval and Renaissance Manuscripts at the Pierpont Morgan Library in New York, has generously accepted to write the introduction of our work.
The publications of Roger S. Wieck --“a world authority on medieval Books of Hours”-- are reference works today, such as Painted Prayers (Braziller, 1997) or his study on the book of hours of Anne of Brittany (Das Gebetbuch der Anne de Bretagne, ms. M. 50 of the Pierpont Morgan Library) [link biblio].

(Crédit photo)
Nous avons le plaisir de vous faire savoir que M. Roger S. Wieck, conservateur au Medieval and Renaissance manuscripts department de la Pierpont Morgan Library de New York, a bien voulu accepter de prendre à son compte l'introduction de notre ouvrage.
Les travaux de Roger S. Wieck, --"a world authority on medieval Books of Hours"--, font aujourd'hui référence, comme ses Painted Prayers (Braziller, 1997) ou son étude sur le livre d'heures d'Anne de Bretagne (Das Gebetbuch der Anne de Bretagne, ms. M.50 de la Pierpont Morgan Library) [lien biblio].

Le livre d'heures enluminé en Bretagne // The Illuminated Book of Hours in Brittany Jean-Luc Deuffic
Avec la collaboration de Diane Booton
Introduction : Roger S. Wieck, conservateur, Medieval and Renaissance manuscripts department, Pierpont Morgan Library, New York.



SITE DE PRESENTATION

MERCI A NOS PREMIERS SOUSCRIPTEURS

Heribert Tenschert (Antiquariat Bibermühle AG)
Kevin Keane
André-Yves Bourgès
Stephen J. D. Williams
Peter Kidd
Scott Gwara (University of South Carolina)
Pierre Yves Quémener
Sébastien Barret (IRHT)
Véronique Stouff
Josquin Debaz
Alfonso de Salas
Loïc Chermat
Michel Mauguin
Virginia Reinburg
Amaury de la Pinsonnais (Tudchentil)
Joseph Denoual
Christian de Merindol
Hervé Offredo
Cynthia Brown (UC Santa Barbara)
Yves Samson
Yves Coativy (Brest, CRBC)
Michael David Warden
Elizabeth A. R. Brown
Mikaël Le Bars
Véronique Juste
Pascal Lorant
James H. Marrow ("A terrific project which I am happy to support")
Ludovic Espitalier-Noël
Christian Jouin
Johan Oosterman (Radboud Universiteit)
Bernard de Lespinay
The Franciscan Archive
Anne Margreet As-Vijvers (Illuminare scribendo)
Philippe Lanoe
Sherry Reames (University of Wisconsin, Madison)
Matthieu Gerbault (Bibliothèque municipale de Reims)
Claude Dubois
Sylvianne Neville
Roseline et Thierry Claerr
Yann de Kergos
Michel Toupin
Soizic Rolland de Kermorin
Samuel Gras
Yannick Le Vaillant
Paul-François Broucke
Willem van Riemsdijk
Jean-François Le Bihan
Anee Naylor
Gwenvael Loarer
Xavier Le Gourrierec
Katja Monier (IRHT)
Dr Darrelyn Gunzburg & Dr Bernadette Brady (University of Wales)
Jean-Yves Cordier
Laurent Le Gourrierec
Yvon Bomal
V. Heidi Hass (The Pierpont Morgan Library)
Marjolaine Pereira
Jean-Louis Marin-Lamellet
Dr Cillian O'Hogan (The British Library)
John Hirsh (Georgetown University)
Ewen Thual
Sylvie Laugier
Yves Le Berre (Brest, CRBC)
Erwan Madigand
Vicomte Guy de Kersabiec, vicomte de la Gaptière
Gilles Richard
Christopher Sokol (Sokol Books)
Didier Jugan
Sarah Toulouse (Bibliothèque de Rennes Métropole)
Tania Lévy
Yves de Kermerc'hou de Kerautem
Piers Hugill
Leigh Montgomery
Alison Stones (University of Pittsburgh)
Kristen Kern (Portland University)
Catherine Keene
Jean-Philippe Boucher
Philippe Caron
Kate Maxwell
Marie Elisabeth Journiac Audigou
Eric Johnson
Jean-Yves Fabulet
Claudine Laures
Annick Monvoisin
Brigitte Guilliot
Jean-Michel Le Bourdonnec
Patrice Hercelin
Chris Tiffin
Jérôme Caouën
Laurence Lelandais
Jean-Thomas Bruel
Guy Ducellier
Jacques-Yves Le Touze
Pierre Robino
A. Kumler
Jean Kerhervé
Laurent Héry
Michel Reverdy
Raymond Granié
Dominique Sauvaget
Dr Jörn Günther Rare Books (Basel / Stalden)
Anne Korteweg
Raymond Clemens (Beinecke Rare Books & Manuscript Library)
Alain Le Noir de Carlan
Michel Caderas de Kerleau
Charlotte Denoël
Marjolaine Lemeillat (CRBC)
Dominique Legendre


© Heribert Tenschert


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Mais où sont les Heures du duc de Bretagne « écrites en lettres d'argent » ?

11/11/15

Dom Edmond Martène, dans son Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la congrégation de Saint Maur (Paris, 1717), relatant son passage à l'abbaye de Fontevraud, précise pour le 14 avril 1708 :

Nous passâmes le reste de la journée a voir la bibliothèque qui est très grande & bien remplie de livres. On y voit quelques manuscrits dont les plus curieux sont des heures qu'on croit servi à un duc de Bretagne écrites en lettres d'argent sur du talque dont toutes les marges sont ornées de vignettes & de mignatures très délicates ...

Les connexions entre Fontevraud et la Bretagne sont nombreuses, notamment avec l'arrivée à la tête de l'abbaye, en 1457, de Marie de Bretagne (1424-1477), fille de Richard d'Étampes, fils de Jean IV, duc de Bretagne, et de Marguerite d'Orléans. Elle était soeur du duc de Bretagne, François II (1435-1488).
Peut-être faut-il chercher dans la bibliothèque de Marie ces fameuses "Heures écrites en argent" ? Son inventaire fait bien mention de deux manuscrits :

« Item unes Heures de Nostre Dame, en franczoys, hysroriées, relyées, fermantes a fermouers d’argent doré
....
Item unes aultres petites heures a l’usaige de Romme, fermans a fermouers d’argent doré »

Aucun ne semble pourtant correspondre aux Heures d'argent...
A New York, le Brooklyn Museum (ms. 19.78) conserve d'autres Heures de Marie de Bretagne :


© Brooklyn Museum, New York

Depuis l'époque de Dom Martène, le manuscrit écrit en lettres d'argent semble avoir disparu. Etait-ce un présent du duc François II à sa soeur?
En 1790, quand on transféra la bibliothèque de Fontevraud à Saumur, un bateau chavira et des milliers de volumes disparurent dans la Loire (1). Notre livre d'heures s'y trouve peut-être encore ... à moins qu'il n'avait déjà subit les outrages des révolutionnaires.

Note
(1)
Alfred Jubien, L'abbesse Marie de Bretagne et la réforme de l'ordre de Fontevrault, Angers & Paris, 1872, p. 186.

Biblio
Lucy Freeman Sandler, "Bedford in Brooklyn", dans Tributes in Honor of James H. Marrow Studies in Painting and Manuscript Illumination of the Late Middle Ages and Northern Renaissance (J. F. Hamburger, A. Korteweg (eds.), 2006, p. 431sq
Marie-Françoise Damongeot. "Le Coffre aux livres de Marie de Bretagne (1424-1477), abbesse de Fontevraud", dans Livres et lectures de femmes en Europe entre Moyen Âge et Renaissance, 2007, p. 81-99.
Diane Booton, Manuscripts, Market and the Transition to Print in Late Medieval Brittany (Ashgate, 2010), p. 322-327.
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Un livre d'heures restitué à Balthazar Rennel, président de la Chambre des comptes de Lorraine (Edinburgh University Library, Laing 15)

07/11/15

En voulant rassembler quelques informations sur les livres d’heures d’Anne de Bretagne, j’ai suivi mes amies Cynthia Brown (1) et Diane Booton (2) sur les traces d'un manuscrit de la bibliothèque universitaire d’Edimburgh, coté Laing 15, lequel porte effectivement les armes de la reine et duchesse de Bretagne (3). Il a été décrit dans le catalogue de Catherine R. Borland, publié en 1916 :
A Descriptive Catalogue of the Western Mediæval Manuscripts in Edinburgh University Library (n° 45, p. 81-84, 324): https://archive.org/stream/descriptivecatal00edinuoft#page/104/mode/2up
Borland a relevé au f. 1 de ce livre d’heures (probablement à l'usage de Toul (4) une précieuse inscription, lecture partiellement erronée et de ce fait inexploitable à l'époque :

Le septieme Novembre 1596 sont les presentes heures venues en partage au Balthasar Remiel Chancellier de Ma [. . .] des biens delaissés par feu Jeanne Bertrand sa mere grande, lesquelles le dict Remiel a donne a Barbe Remiel sa fille aisnée pour souvenance de la deffuncte et affin quelle au memoire dicelle en ses praves [?] le dict VIIe Novembre an susdict 1595 (sic). E. [?] Remiel.

L'absence de toute documentation sur ces "REMIEL" m'a conduit bien entendu à poursuivre mes recherches. En recoupant différentes données prises à cette inscription, notamment celles du prénom assez particulier et de la fonction du personnage, j’ai découvert sans trop de peine la véritable identité du possesseur. Il s’agit très précisément de Balthazar Rennel(ou de Rennel), président de la Chambre des comptes de Lorraine, issu d'une très ancienne famille originaire de Boulogne-sur-Mer, en Picardie. En fait Borland s'était trompée dans quelques jambages ...

Balthazar Rennel devient conseiller et auditeur de la Chambre des comptes de Lorraine le 8 mars 1574, remplaçant son père. En 1594, il fait partie du conseil de ville de Nancy, nommé conseiller d'Etat le 7 février 1606, président de la Chambre des comptes de Lorraine le 19 janvier 1613, à la place de Michel Bouvet, et ce jusqu'en 1633. Employé par le duc de Lorraine à de difficiles négociations, il résigna son office de président en faveur de son petit-fils Claude Voillot, le 28 octobre 1633.
Balthazar épouse le 7 mars 1576 Barbe de Lescut, fille de Jean de Lescut et de Barbe Le Clerc. De cette alliance vinrent 14 enfants dont 10 moururent en bas âge :
1) François de Rennel, né le 20 novembre 1583, mort le 11 février 1649 ; il fut seigneur de Brin & créé conseiller d’état par patentes du 27 avril 1611. Il épousa par contrat du 1 mars 1609, Esther Barnet, fille de Louis, ministre d’état du duc Henri & son envoyé extraordinaire vers les cours de Rome & de Mantoue. Elle mourut à Paris le 13 février 1644, ayant eu pour fille unique Marie de Rennel, née le 11 juin 1611, morte le 21 avril 1645, ayant épousé par contrat du 23 avril 1616 Claude de Veillot de Valleroy, seigneur dudit lieu, Madecourt, Agecourt, Maroncourt &c, premier secrétaire d’état du duc Charles IV & président en chef de sa chambre des comptes de Lorraine, mort le 12 août 1650.
2) Barbe de Rennel, née le 20 décembre 1584, morte le 21 septembre 1619, veuve du 10 octobre 1614 de Claude de Bouvet, seigneur de Heille, court ministre & secrétaire d’état des ducs Charles III & Henri, qu’elle avoit épousé par contrat du 20 mai 1601. C'est elle qui reçoit le livre d'heures de son père.
3) Catherine de Rennel, née le 2 juin 1591, morte le 10 mai 1631, veuve du 1 octobre 1621 de Jean de Baillivy, seigneur de Houdemont & de la Neuveville, conseiller d’état des ducs Charles III & Henri, qu’elle avoit épousé par contrat du 6 novembre 1607.
4) Baltasar de Rennel, II du nom, comte de Rennel & de l’empire, seigneur de Jarville, Andilly & Hermamesnil, conseiller d’état du duc Charles IV, né le 17 mars 1593, mort le 2 novembre 1658, épousa par contrat du 11 janvier 1621 & par bénédiction nuptiale du 4 mai suivant, Claude de Guerin du Montet, fille aînée & principale héritière de Baltasar de Guerin, seigneur du Montet & de Marie de la Ruelle, laquelle se remaria en 1616 à Jean de la Moussaye, chevalier seigneur de Carcouet, en Bretagne (5), chambellan du duc Henri, colonel d’un régiment d’infanterie & lieutenant au gouvernement de Nanci. Elle mourut le 8 février 1641, âgée de 33 ans, 9 mois, 21 jours, ayant eu de son mariage onze enfans dont cinq morts en bas âge.
Voir sur cette famille les notes généalogiques de Moreri .

Balthazar était le fils de Bonaventure Rennel (ca 1509-1584), anobli le 1er avril 1553, et de Marie Janin (+ 1560), et le petit-fils de Jean Janin (ou de Janin) et de Jeanne Bertrand (ou de Bertrand), cette "mère grande" qui fit don de son livre d'heures à son petit-fils, et qui est probablement commanditaire ou premier possesseur du manuscrit.

Jean de Janin, seigneur de Manoncourt, marié à Jeanne de Bertrand, dame de Brin, des barons de Marimont, fille de Didier, seigneur Brin, trésorier général des finances du duc Antoine ( de1508 à 1544, lien) et d'Anne-Marguerite de Küel, d'une illustre maison de Silésie (De La Chesnaye, Dictionnaire de la noblesse, tome 8, Paris, 1774, p. 195)

Balthazar Rennel et Barbe de Lescut, décédés en 1637, seront inhumés à Nancy, dans la célèbre église des Minimes de Notre-Dame-de-Bonsecours, où reposent encore aujourd’hui le coeur de Marie Leczinska :

La première chapelle du côté de l’évangile, près du sanctuaire, est celle dite aujourd hui des Rennel. Elle a eté construite aux frais du Duc Charles III et elle est assez singulière. Dans le bas, elle forme un grand quarré avec un autel dans le fond. Le tableau qui en fait la décoration représente la Ste Vierge au lit de la mort, joignant les mains, environnée des Apôtres, parmi lesquels St Pierre, revêtu d’une chappe, tient un cierge de la main droite, et appuye la gauche sur un livre ouvert, paroissant réciter des prières ; les autres Apôtres ayant tous la tête couronnée d’une gloire, semblent abîmés dans la douleur. Un d’eux porte une croix au haut d’un long bâton d’argent, et un autre un bénitier avec son goupillon. Devant le lit est une table couverte d’un tapis de Turquie, aux armes de Rennel et de l’Escut. Dans le milieu, on y voit un chandelier avec une chandelle allumée, et à côté un livre sur lequel est une palme. J. C. sortant à demi corps d’une nue qui est au dessus du tableau et dans l’angle, tend les bras à sa Mère et semble lui adresser ces paroles mises en lettres d’or dans l’entablement de l’autel : Veni de Libano, Sponsa mea ; veni, coronaberis. Des anges et des chérubins ornent encore ce tableau que l’on attribue à Bellange ; mais l’humidité paroit lui avoir fait perdre une grande partie de son premier mérite.
Un ordre d’architecture Ionique fait l’ornement de cette partie inférieure de la chapelle. Dans les quatre angles sont placés sur des nuages les quatre Evangélistes de grandeur naturelle avec leurs attributs formant une forte saillie. Au-dessus de leurs têtes s’élèvent des arcs qui rendent cette chapelle de quarrée qu’elle est en bas, octogone. Elle s’arrondit ensuite pour former un dôme qui reçoit le jour par six fenêtres qu’on y apperçoit. Au haut de l’autel et sous ce dôme, sur la corniche de l’ordre qui décore la partie inférieure de la chapelle, on a placé les dix Apôtres, distingués des deux Evangélistes mentionnés ci devant avec les instrumens de leur martyre. Toutes ces figures sont du célèbre Drouin.
Au côté de l’évangile on voit dans un oval les deux bustes en bas relief de Balthazard Rennel et de Barbe de l’Escut son épouse, l’un et l’autre ont les mains jointes, le mari a la tête découverte de petits cheveux, une barbe peu longue avec des moustaches ; il a le cou orné d’ une fraise. L’épouse a une collerette et une cornette fort larges. Au-dessus l’écu parti de Rennel et de l’Escut est surmonté d’une petite pyramide de marbre noir. Sous l’ovale qui contient les figures et dans un cadre en forme de miroir de toilette renversé, est cette épitaphe

D.O.M.V.Q.M.
Memoriæ et Securitati, Viator amice, si legere non vacat, precare et abi. Si vacat, hominem te recogita et favebis. Balthazar Rennel Patricius Nanceianus, Brinii, Sancti Germani et Jarvillæ Dominus, vitâ honestissimè exactâ, hîc jacet. Robusta illum virtus per honorum apices manu deduxit, sequutus est trahentem, et in sanctiori Ducum consilio computique Lotharingici summo fastigio sic stetit, ut lapsum nesciret, sic vixit ut mori non pœniteret, sic obiit, ut vixisse non puderet, et quod felicitatis caput fuit, heu ! est ne hac in vita felicitas quam tot mala interpungunt ! Magnis Ducibus CAROLO III, HENRICO II, CAROLO IV, ubique probatus, antiquæ probitatis fama incolumem ad hocusque marmor deduxit, sub quo diem Christi expectat, majorum quæ mortales agunt, jam nunc equidem securus ; at æternae securitatis candidatus. Adde jam vota tua, bone hospes, et mortis memor, abi in tuas res. Vivere desiit anno Dni 1637 Novembris 16 aetatis suæ 85.

Un peu plus bas et sur un autre marbre on lit :

Jacet sub eodem tumulo Domina Barbara de Lescut supradicti, Domini Balthazaris Rennel fidelissima conjux, quæ post spatium circiter 62 annorum quocum eo pacificè in matrimonio vixit, expleto ætatis suæ 79 cursu die 29a Martii anni 1637 migravit ex hoc sæculo, ut feliciùs viveret in altero. Tu, Domine, dona ei requiem et locum indulgentiæ.

J. J. Lionnois, Histoire des villes vieille et neuve de Nancy, tome II, 1811, p. 302 sq.


Armes des RENNEL et LESCUT :
d'azur à la croix ancrée d'or chargée d'un tourteau de gueules (Rennel)
d'or au lion de sable armé et lampassé de gueules chargée à l'épaule senestre d'un écusson d'argent (Lescut)



Cadran solaire en bois de Sainte-Lucie, aux armes de Nicolas de Rennel, comte du Saint Empire, anobli en 1730 (source).

Note
(1) Cynthia Brown, The Queen's Library Image-Making at the Court of Anne of Brittany, 1477-1514, University of Pennsylvania Press, 2011, p. 307.
(2) Diane Booton, Manuscripts, Market and the Transition to Print in Late Medieval Brittany, Ashgate, 2010, p. 252.
(3) Armes entourées du collier de Saint-Michel. Ce manuscrit ne semble pas être lié directement à la reine Anne, à moins que ce ne soit un cadeau du couple royal pour Jeanne de Bertrand ou son mari. Il y aurait peut-être une piste à suivre avec les relations de Didier Bertrand, le père de Jeanne, avec le poète réthoriqueur et "herault d'armes de Lorraine" Pierre Gringoire (ou Gringore), dit Mere Sotte, auteur notamment d'un mystère pour l'entrée de la reine Anne de Bretagne à Paris, en novembre 1504. En effet, on le trouve nommé à plusieurs reprises dans les comptes de Didier Bertrand, trésorier général des finances (AD 54, source).
Voir Charles Oulmont, Pierre Gringore, 1911, reprints 1976.
Cynthia J. Brown, Les entrées royales à Paris de Marie d’Angleterre, 1514 et Claude de France, 1517, Genève : Droz, 2005.
Alan Hindley, Le jeu du Prince des Sotz et de Mère Sotte de Pierre Gringore, Paris : H. Champion (collection : La Renaissance française), 2000.
(4) Du moins calendrier et litanies sont Toulois.
(5) Voir AD 54, B 437:

Lettres passées par Charles, duc de Lorraine, à haut et puissant seigneur Jean Philippe, comte Cratz de Scharpffenstein, colonel, etc., à honnoré seigneur Jean de la Moussaye, sieur de Ceircourt, acceptant pour ledit comte, données à Vaideshem le 28 de décembre 1627, par lesquelles ledit seigneur, duc ayant été secouru par ledit comte pour ses grandes affaires et nottament pour la conservation de ses états de la somme de 200000 francs monnoye de Lorraine, il luy vend et délaisse les ville, château, villages, terres, seigneuries, rentes, revenus de Sarguemund siz au duché de Lorraine ... (en ligne).

Marie de la Ruelle se remaria, par contrat du 25 juin 1616, à Jean de la Moussaye, chevalier, seigneur de Carcouët en Bretagne, chambellan du Duc Henri, dont Philippe, marquis de la Moussaye, colonel d'Infanterie au service de France, mort de ses blessures à la bataille de Rocroy, donnée en 1643 (Chesnaye, Dictionnaire de la noblesse).
Ambroise Pelletier, Nobiliaire ou armorial général de la Lorraine et du Barrois, t. I, Nancy, 1758, p. 642, donne également comme épouse à Jean de La Moussaye, une autre épouse : Marguerite Philippe, de Valfroicourt, fille de Henry Philippe et de Marguerite Bertrand.
Daniel de La Motte-Rouge, J. P. Le Gal La Salle, Vieilles demeures et vieilles gens: châtellenie de Lamballe, d'après des illustrations anciennes et des documents inédits, 1977, p. 552.

Biblio
Comte A. de MAHUET, Procès entre les familles LE FEBVRE, DE LOMBILLON ET DE RENNEL (1733 -1736), 1905.

Sources documentaires
Archives départementales de la Meurthe-et-Moselle, 97 J 1-66 : Archives des familles de Rennel et de l'Escut (1544 - 1782).
10.10.1587 (AD 54 3E 246) Vente par Jean Colin demeurant au ban de Guermange à noble femme Jennon Bertrand dame de Brin en partie, relicte de feu noble Didier Feriet, trésorier général de Metz. 29.12.1590 (3E 8157) Bastien Tixerant de Vic, procureur de Jennon Bertrand , demeurant à Brin veuve noble Didier Feriet, trésorier général de l'Evêché de Metz, laisse à bail un gaignage à Chambrey (lien)
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La Bienheureuse Françoise d'Amboise, duchesse de Bretagne (+ 4 novembre 1485) et son livre d'heures (Pierpont Morgan Library, M.84)

02/11/15


Les trois Marie au pied de la Croix ( Marie-Madeleine, Marie Salomé et Marie Jacobé)

La Bienheureuse Françoise d'Amboise reste une des figures marquantes de la chrétienté médiévale bretonne. Fille de Louis d'Amboise, prince de Talmont et vicomte de Thouars, et de Louise-Marie de Rieux, elle naît le 29 mai 1427 au château de Thouars. En 1442, à 15 ans, elle épouse Pierre, le 2e fils du duc de Bretagne, avec lequel elle avait été fiancée dès l'âge de 3 ans. Pierre devenu duc de Bretagne au mois d’août 1450, Françoise se remarque par sa bonté envers les pauvres. Devenue veuve en 1457, ce n'est que le 25 mars 1468 qu'elle entre au Carmel dans le petit monastère qu'elle avait fait construire quelques années plus tôt.

Ainsi, en 1463, avec la bienveillance de frère Jean Soreth (1394-1471), prieur général des Carmes, Françoise d'Amboise fit édifier une maison pour accueillir des religieuses dont plusieurs venues de Liège :
Sœur Jeanne d’Avaigne,
Marie de Senne,
Catherine de Teigné,
Marguerite d’Arras,
Marie Roty,
Jeanne Cardinal,
Catherine le Digoedec,
Jehanne d’Estable,
Anne d’Orbec,
Françoise Marquies,
Jeanne Marquies.
A remarquer dans ce groupe précurseur la présence d'une seule Bretonne : Catherine Le Digoedec.
C'est le premier monastère de Carmélites en France, placé sous le vocable très particulier des Trois Maries.

Le manuscrit M.84 de la Pierpont Morgan Library porte sur une page de garde une note marquant sa provenance : « Ce Pseautier etoit conservé à la Communauté de Nazareth(1) et etoit à l'usage de [Françoise] D'Amboise Leur fondatrice environ 1480 ».

Aucun doute ne subsiste sur l'origine précise de ce manuscrit. La présence, inscrites en lettres rouges, des fêtes de Marie Cleophe au 25 mai, et de Marie Salomé au 22 octobre, au calendrier, désignent bien Françoise d'Amboise comme leur commanditaire, et marque l'attrait qu'avait la duchesse pour le culte des Trois Maries, déjà ancien en Bretagne (voir notre post)
La Médiathèque de Nantes possède un Diurnale (ms. 32) probablement utilisé par la duchesse, alors "Seur Franzoize d'Amboise".
Et on sait qu'elle prenait grand soin de ses livres, les faisant écrire ...
Un de ses comptes de l'année 1456, relève :

A dom Armel Guilleron, pour avoir escript ung livre à la Duchesse, par marché fait ò lui le XVIe jour d'aoust, l'an LVI, - VI livres X s. 4.
..... Item, a paié du commandement de la Duchesse, a valloir sur le saellaere de l'escripture de livres que madicte damme fait faire pour le couvent de Saincte Clare a Nantes. III liv. XIII s. IIII d.




Françoise d'Amboise présentée par son saint patron. Vitraux de la collégiale de Nantes


Tombeau de Pierre de Bretagne et de Françoise d'Amboise dans la collégiale de Nantes.

Note
(1) Le couvent de Nazareth ne fut fondé qu'au début du XVIe siècle.

Je remercie Roger S. Wieck, conservateur à la Pierpont Morgan Library.
Voir le site CORSAIR de la Pierpont Morgan Library pour description et photos du ms. M.84.
Françoise d'Amboise sur Wikipedia
Diane Booton, Manuscripts, Market and the Transition to Print in Late Medieval Brittany, Ashgate, 2010, p. 280-281.
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« Peintures monumentales en Bretagne. Nouvelles images, nouveaux regards »

29/10/15

Colloque International « Peintures monumentales en Bretagne Nouvelles images, nouveaux regards » Rennes les 6 et 8 octobre 2016, Pontivy le 7 octobre organisé par le GRPM (Groupe de Recherches sur la Peinture Murale) soutenu par la CRMH (Conservation Régionale des Monuments Historiques), DRAC Bretagne

Ce colloque international a pour objectif l’étude de la peinture monumentale en Bretagne de la fin de l’antiquité jusqu’à nos jours. Il réunira des chercheurs débutants ou confirmés en histoire de l’art, histoire et archéologie, des architectes, des professionnels de la conservation, de la restauration et de la valorisation.
Les communications porteront sur les peintures monumentales en Bretagne ou présentant des liens possibles avec la Bretagne (thématique, mode de réalisation, commanditaire, histoire ayant un rapport avec des œuvres bretonnes). Elles s’articulent autour de trois thèmes qui s’interpénètrent en fonction d’une réalité qu’il est difficile de découper en entités indépendantes : la découverte, la restauration , et la valorisation.

Le temps de chaque communication est d’une durée de 30 minutes, temps de discussion inclus (typiquement 20 minutes d’exposé + 10 minutes de discussions). Un espace pour exposer des posters est disponible. Les propositions de communication ne doivent pas dépasser les 2 000 signes. Elles doivent être accompagnées d’un court CV. Elles doivent parvenir avant le 10 décembre 2015 à l’adresse suivante : contact@grpm.asso.fr. L’auteur exprimera sa préférence pour une communication orale ou de type poster.

Le comité scientifique – composé de membres du GRPM, de la CRMH-DRAC Bretagne, de l’Université Rennes 2, des Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, des conseils départementaux des Côtes-d’Armor d’Ille-et-Vilaine et du Morbihan, d’un architecte et d’un conservateur-restaurateur - effectuera son choix afin d’établir le programme dans toute sa cohérence avant la fin de l’année 2015.

http://www.grpm.asso.fr/activites/Colloque%20Bretagne/colloque%20peinture%20monumentale%20de%20Bretagne.pdf


Peintures murales de l'église paroissiale de Langast
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Simon Abelard maître de chant à Angers et le livre d'heures de Guyonne Derrien (Saint-Brieuc, BM, ms. 4)

26/10/15



Nous avions décrit sommairement sur ce même blog le livre d'heures de Guyonne Derrien, de Saint-Malo, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Municipale de Saint-Brieuc (ms. 4). En examinant de plus près sa reliure nous avons eu l'agréable surprise d'y remarquer plusieurs inscriptions (certaines bretonnes, semble-t-il : "de La Moussaye", "Carcouët", etc.), dont une qu'il nous a paru intéressant de relever :

Simon Abelard maitre a chanter a Angers

En effet, ce personnage n'est pas un inconnu. Clerc du diocèse d'Angers, Simon Abelard fut nommé le 27 février 1698, chantre haute-taille à la cathédrale Notre-Dame de Paris (Paris, AN, LL227, f. 299).

Le 1er Décembre 1692, le Prince Frédérik (1671-1730), fils aîné du roi de Danemark, qui venait de faire un stage à l'Académie d'équitation d'Angers*, avait fort apprécié la voix et le talent d'un des enfants de choeur, Simon Abelard ; désirant s'assurer ses services, il le fit tout simplement enlever (1).

Merci par avance au lecteur qui aurait des informations sur ce Simon Abelard...

Note
(1) Jean Poirier, La Maîtrise de la cathédrale d'Angers: six cents ans d’histoire, 1983, p. 41.
* Sur cette Académie voir Willem Frijhoff, "Etudiants étrangers à l’Académie d’Equitation d’Angers au XVIIe siècle", dans Lias, vol. 4, 1977. http://webdoc.ubn.kun.nl/tijd/l/lias/vol4_1977/etudeta_l.pdf

Biblio

Michel Antoine, Henry Desmarest, 1661-1741: biographie critique, 1965, p. 99.
Nicolás Morales, L'artiste de cour dans l'Espagne du XVIIIe siècle, 2007, p. 153, note 98.


Portrait de Frédéric IV de Danemark. Par Hyacinthe Rigaud. Copenhague, Statens Museum for Kunst.
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Cicé ou de Chalonge ? Les Heures de sainte Catherine (Rennes, BM, ms. 1509)

19/10/15

Incomplet, le ms. 1509 de la Bibliothèque de Rennes Métropole, ne contient que les Heures de la Vierge, à l’usage de Rome, alternant avec celles de la Croix, du Saint-Esprit et de sainte Catherine, ces dernières au demeurant assez rares. A noter dans cet ouvrage une place privilégiée accordée à la martyre d’Alexandrie. Probablement, la commanditaire portait-elle le prénom de la sainte, dont l’histoire ravissait le Moyen Âge.


© Bibliothèque de Rennes Métropole

La peinture frontispice de notre livre d'heures nous est parvenue malheureusement très altérée. Cette ouverture sur l'Annonciation laissait pourtant présager l'excellence d'une composition assez remarquable. Le professeur Eberhard König attribue à la famille de Cicé l'origine de ce manuscrit. Pour ma part je pense plutôt aux de Chalonge (ou Du Chalonge, Challonge), dont les armes étaient bien de gueules à la bande d'hermines.


© Bibliothèque de Rennes Métropole

Il serait intéressant de pouvoir examiner de plus près l'écu peint pour déterminer s'il n'a pas été ajouté ultérieurement. En effet, l'importance donnée à sainte Catherine nous oriente vers Catherine de Chalonge, laquelle épousa vers 1520 Tristan de Trémigon, sieur de Chalonge (Trébédan), du Bois de la Motte. Le seigneur et la dame de Kerinan (en Mégrit) ne sont guère documentés, mais relevons tout de même que la mère de Tristan se prénommait également Catherine. En effet, François de Trémigon, sieur de Langan, avait épousé Catherine de La Bouexière. Celle-ci fut peut-être, en définitive, la commanditaire de notre livre d'heures ...

C'est au Maître de Jacques d'Armagnac qu'est attribuée la décoration du manuscrit, et Eberhard König le place dans "les petits livres d'heures du groupe Jouvenel". (Manuscrits à peintures, Rennes, 1992, p. 62-64).


© Bibliothèque de Rennes Métropole

Manuscrit numérisé sur les Tablettes Rennaises
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Les “Heures Guémadeuc” de Guido Mazzoni: des commanditaires (?) bretons enfin retrouvés

10/10/15


© Heribert Tenschert

Les Heures Guémadeuc, un somptueux manuscrit enluminé par le Maître d'Antoine de La Roche (nommé ainsi à partir du missel qu'il exécuta vers 1500 pour le Grand Prieur de Cluny et de La Charité-sur-Loire, Paris, BnF, ms. Lat. 881), ont fait l'objet d'une précieuse étude d'Eberhard König (2001), accompagnant un très beau fac-similé admirablement édité par Heribert Tenschert (2000). Cet enlumineur, identifié comme étant Guido Mazzoni (vers 1450-1518), peintre originaire de Modène, attesté dès 1472 en Italie, mais essentiellement connu en tant que sculpteur, suivit et se mit au service de Charles VIII, de passage alors à Naples. Du reste, à la mort du roi (1498), il exécuta son tombeau destiné à la nécropole de Saint-Denis, monument détruit à la Révolution. Ainsi l'activité du « painctre, enlumineur et ymagier » italien débuta vers 1496 en France, installé alors avec sa femme et sa fille dans l'hôtel parisien du Petit-Nesle.

Enluminées vers 1500, les Heures Guémadeuc sont un joyau, et pour la Bretagne un témoignage de valeur sur les relations de la noblesse avec les artisans "étrangers".
Depuis le XIXe s., et notamment lors de la vente Destailleur de 1891, avait été remarquée la présence dans ce manuscrit des armes de la famille de Guémadeuc, de haute noblesse bretonne, d'où le nom donné aujourd'hui à ce livre d'heures. Le regretté Xavier Ferrieu, alors bibliothécaire de Rennes, avait rédigé à la suite de l'étude du Pr. König une note généalogique sur les Guémadeuc, sans pouvoir réellement identifier les propriétaires des armes peintes en plusieurs endroits.

Après une minutieuse analyse, je m'avance à mettre des noms sur les commanditaires (ou du moins les premiers possesseurs) de ces Heures richement décorées. En effet, au bas du f. 70v, un chien blanc porte à son collier rouge et or un écu aux initiales d'azur entrelacées "T" et "A", dans lesquelles je reconnais les prénoms TANNEGUY et ANNE, de Tanneguy Madeuc (A) et d'Anne Du Fou. La présence exceptionnelle de saint Tanguy (1) dans le calendrier (8 mai : « S. Tanguy confesseur », en capitales rouges sur fond or) et aux litanies renforce cette identification, comme les armoires respectives des familles de Guémadeuc (de sable, au léopard d’argent accompagné de 3 coquilles de même en chef, au lambel de gueules) et du Fou (d'azur, à l'aigle éployée d'or, becquée et membrée de gueules), peintes à plusieurs reprises.

La commémoration au calendrier de saint Guillaume, évêque de Saint-Brieuc (29 juillet), et son inscription avec saint Brieuc en tête de la série bretonne des litanies rappellent l'attachement des Guémadeuc à leurs "origines" briochines et leur implantation à Pléneuf (château détruit en 1590).


© Heribert Tenschert

Malheureusement très peu documenté, le couple Tanneguy Madeuc et Anne du Fou est attesté seigneur de Trévécar (Escoublac), terre de haute justice du comté nantais. Tanneguy doit être certainement un des fils cadets de Jacques Madeuc de Guémadeuc († avant 1526, inhumé à Pléneuf) et de Françoise de Trévécar, vicomtesse héritière de Rezé. Quant à Anne du Fou nous n'avons pour lors pas encore réussi à savoir à laquelle des branches cadettes de l'imposante famille du Fou elle appartenait. 

Nous émettons l'hypothèse que ce livre d'heures fut peut-être un cadeau de Pierre de Rohan (1451-1513) (2) présenté au mariage de Tanguy de Guémadeuc et d'Anne du Fou. En effet, dans le manuscrit, la peinture du suffrage en l'honneur des saints Pierre et Paul représente, curieusement, saint Jacques (patron du père de Tanguy), portant un étendard sur lequel se lit la devise du maréchal de Gié : DIEU GARDE MAL LE PELERIN (Dieu garde le pèlerin du mal). De même, au f. 63 : "REGARDE LA FIN".
On sait que Guido Mazzoni travailla efficacement pour certains seigneurs ayant participé aux campagnes d'Italie... Pierre de Rohan, "qui est de bonne et grant maison", en fut : il avait accompagné le roi à la conquête du royaume de Naples.
Le 12 août 1502, après un séjour à Florence, il passe commande d'un David en bronze exécuté par Michel-Ange ... qui montre son goût pour les arts.

Mais bien entendu, tout cela ne reste que supposition... 


© Heribert Tenschert

NOTES
(A) "Leur nom de famille etoit Madeuc; et Guémadeuc étoit leur surnom". Annales de Bretagne, t. 15, 1899-1900, p. 115.
(1)
L'introduction du prénom Tanguy dans la famille de Guémadeuc pourrait venir de Tanguy Du Chastel, curateur de Roland Madeuc de Guémadeuc vers 1460. "Les Seigneurs du Chastel ont souvent porté le nom de Tanguy ; desquels plusieurs se sont fait signaler & renommer dans les Histoires Françoises & Bretonnes ; les mêmes Seigneurs ont fondé, prés de leur chasteau de Tremazan, une belle chapelle en l'honneur de ces Saints, qui s'appelle Ker-Seant, c'est-à-dire, la Ville aux Saints, où il y a des Chanoines pour faire le service" (Albert Le Grand, Les Vies des Saints de la Bretagne Armorique, Quimper, 1901). Voir André-Yves Bourgès, "Les origines fabuleuses de la famille Du Chastel", sur le site Tudchentil.
(2) Pierre de Rohan, "sr de Gié, duc de Nemours, comte de Marle et de Porcien, chevalier, maréchal de France (1476-), conseiller et chambellan des rois Charles VIII et Louis XI, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, capitaine de 100 lances fournies, gouverneur d'Anjou, lieutenant-général en Bretagne, en Champagne ainsi qu'au pays et duché de Guyenne, capitaine de Granville après la mort de Louis de Bourbon, amiral de France" (Couffon de Kerdellech, Recherches sur la chevalerie du duché de Bretagne, 1877-1878).


Pierre de Rohan (dess. Gaignières, BnF)

BIBLIO
Eberhard König, Das Guémadeuc-Stundenbuch. Der Maler des Antoine de Roche und Guido Mazzoni aus Modena, Kommentar zur Faksimile-Edition mit einem genealogischen Essay von Xavier Ferrieu, Rotthalmünster (Allemagne) : Ramsen (Suisse) : H. Tenschert, 2001. Collection : Illuminationen ; 3.
Heribert Tenschert

===== Ce manuscrit fera l'objet d'une notice plus importante dans notre prochain ouvrage (2016), où seront décrits près de quatre cent livres d'heures : « Car sans heures ne puys Dieu prier ... » / Le Livre d’heures enluminé en Bretagne / The Illuminated Book of Hours in Brittany =====
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Les Heures de Pierre Du Querisec et de Françoise d'Avaugour (New York, Pierpont Morgan Library, M.63)

02/10/15

Parmi les livres d'heures en rapport avec la Bretagne conservés à la Pierpont Morgan Library de New York, (une bonne dizaine) figure le ms. M.62, un manuscrit des années 1440, identifié comme provenant de la famille Du Querisec. Effectivement, aux f. 13, 21, 75 et 93 se trouvent peintes des armes, ajoutées probablement au début du XVIe siècle.


f. 13.


f. 21

LES POSSESSEURS
L'héraldique vient ici, une nouvelle fois, contribuer à l'histoire du manuscrit. Les armoiries ci-dessus permettent ainsi d'identifier avec quelque certitude le couple possesseur de ce livre d'heures au XVIe s. Les armes pleines du f. 13 (même effacées : d'hermines, au chef cousu d'argent, chargé de deux coquilles de gueules) appartiennent aux seigneurs Du Querisec (ou Quirisec), famille noble du vannetais, plus précisément ici de la branche de Kergurioné, à Crac'h, près d'Auray. Le second blason (f. 21), mi parti, laisse entrevoir une macle d'or, celle de la maison d'Avaugour, de la branche de Saint-Laurent : d'argent au chef de gueules brisé d'une mâcle d'or. La seule alliance connue entre ces deux familles est celle de Pierre Du Querisec avec Françoise d'Avaugour.

Le 27 mai 1534, les registres de la Chancellerie de Bretagne enregistrent une "maintenue pour Pierre Du Querisec, sr de Kergurionnec, sur armoiries" (Blancs-Manteaux, Paris, BnF, Fr. 22318, p. 854), probablement une question de prééminences. Pierre mourut peu avant 1543, date à laquelle sa femme, alors veuve, était en procès avec son fils René (Ibid., p. 413). Françoise d'Avaugour était la fille de Guillaume d'Avaugour et de Françoise de Saint-Flaive, d'une famille originaire du Poitou.

On lira avec intérêt dans la thèse de Nicole Dufournaud les "Reproches du sr de Kaer vers les temoins de la damme de Rieux", la douairière Suzanne de Bourbon (23 décembre 1544) quelques passages relatifs à Françoise d'Avaugour:  

.... Maistre Guillaume du Querisec ne doibt aussi demourer tesmoign en la cause pendante entre ladicte dame de Rieulx et s(i)re de Kaer pourtant qu'il est ennemy et hayneulx dudit s(i)re de Kaer a rayson de pluseurs querelles que ledit s(i)re de Kaer a eues avecq Francoyse d'Avaugour, mere de René de Quirisic, sr de Kerquoioinec, ledit de Kerguoirinec et les .... Lorens quelz sont nepveuz et cousins dudit Guillaume du Querisec. Pour rayson desquelles querelles ledit Guillaume du Querisec a conseu haine contre ledit s(i)re de Kaer.

Dans le domaine du château de Kergurioné, situé en bordure de la rivière de Crac'h, s'élèvent encore les ruines de l'ancien manoir construit au XVIe siècle et détruit par un incendie en 1820. Les vestiges laissent apparaître, près de l'entrée, une tourelle intérieure avec escalier à vis, et dans la salle du rez-de-chaussée on reconnaît les armes des Du Querisec sur le linteau de la cheminée.

DÉCORATION
Enlumineur actif à Angers dans les années 1430/1480, le Maître de Jeanne de Laval, nommé à partir d'un psautier peint pour la seconde épouse du roi René d'Anjou (Poitiers, BM, ms. 41), a oeuvré sur notre livre d'heure, que Roger S. Weick, présente comme une de ses plus anciennes productions. Au reste, cet enlumineur décora partiellement un autre livre d'heures, nantais celui-là, aujourd'hui conservé à la Public Library de New York (ms. 34)


Ms. M.63, f. 89. ©Pierpont Morgan Library, New York.


©Poitiers, BM, ms. 41. Manuscrit éponyme du Maître de Jeanne de Laval.

Biblio:
Pierpont Morgal Library - Notice du catalogue en ligne CORSAIR -
Eberhard König, Buchmalerei um 1450. Der Jouvenel-Maler, der Maler des Genfer Boccaccio und die Anfänge Jean Fouquets, Berlin, Mann,‎ 1982, fig. 42.
François Avril et Nicole Reynaud, Les manuscrits à peintures en France, 1440-1520, Paris, 1993, 126.
Roger S. Wieck, Painted Prayers. The Book of Hours in Medieval and Renaissance Art, New York, 1998, n° 101.
François Avril (Edit.), Jean Fouquet, peintre et enlumineur du XVe siècle. Catalogue de l'exposition, Paris, Bibliothèque nationale de France / Hazan,‎ 2003, p. 408-410.
Jonathan J. G. Alexander, et al., The Splendor of the Word: Medieval and Renaissance Illuminated Manuscripts at the New York Public Library, New York, 2005, p. 262 (notice Roger S. Wieck).
Marc-Édouard Gautier (Edit.), Splendeur de l'enluminure. Le roi René et les livres, Ville d'Angers / Actes Sud,‎ 2009, p. 252 et 351.
Diane Booton, Manuscripts, Market and the Transition to Print in Late Medieval Brittany, Farnham, 2010, p. 78, 89 n. 65, 94 n. 128, 350.
Sur le Maître de Jeanne de Laval = Wikipédia - Lexicon van Boekverluchters



Sources documentaires : Nantes, ADLA B 924. PAROISSE DE CRACH. Aveux et dénombrements pour le domaine de "Kerguirionnez", par Jean fils d'Olivier du Quirisec (1455), par Bertrand fils de Jean du Quirisec (1504) ; Fr. du Barnys et Gillette du Quirisec (1570).
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The Illuminated Book of Hours in Brittany / Le livre d'heures enluminé en Bretagne: commanditaires et possesseurs

01/10/15

Voici une première liste des commanditaires et possesseurs des livres d'heures étudiés dans notre ouvrage :

Anne de Bretagne
Claude de Bretagne
Isabelle de Bretagne
Marguerite de Bretagne
Marie de Bretagne
Jeanne de France
Marguerite d'Orléans
Jean du Largez, abbé de Daoulas
Yvon de Kerouzéré
Pierre II, duc de Bretagne
Marguerite de Foix
François II, duc de Bretagne
Isabelle Stuart
Marguerite de Clisson
François Le Stobec, maire de Brest
Seigneurs de Plusquellec
Jean de Montauban
Isabeau de Montauban et Tristan du Perier
Jean de Noual et Jeanne Meyngart
Guillaume De Noual
Famille Le Begassoux
Olivier de Pontbriand
Isabeau de Pontbriand
Pierre de Pontbriant et Anne de Peyronenc
Guyonne Derrien
Seigneurs de Matignon
Julienne du Chastelier
Marguerite de Fontenay, dame de Québriac
Goulart, de Dinan
Richard d’Espinay et Béatrice de Montauban
Jean d'Acigné et Béatrice de Rostrenen
Pierre Cornulier, évêque de Rennes
Yves Garnier
Famille d'Espinay
Françoise de Dinan
Jeanne Yardin
Bertrande de La Chapelle
Famille de Marcillé
Portes, seigneur de Crechugeran
Alain Bouchart (historien)
Pierre de Pledran et Catherine Madeuc
Frère Alain Rouille
Gilles de Tournemine et Béatrice de La Porte
François de Kerboutier
Famille de Montbéron
Guillaume Mauléon
Béatrice de Rieux
Marie de Rieux
Famille de Saint-Gilles
Famille de Champlais
Famille de Maubruny
Alain de Coëtivy
Olivier de Coëtivy
Prigent de Coëtivy
Catherine de Coëtivy
Jean de Derval
Françoise de Foix
Marguerite de Foix
Pierre de Foix, évêque de Vannes
Marguerite de Coëtivy
Anne de Mathefelon
Eon de La Vallée
Renée de Rohan
Anne de Rohan
Catherine de Rohan
Marguerite de Rohan
Pierre de Rohan
Famille de Raguenel
Sébastienne Boscher et Christophe de Caradreux
Jeanne du Pou
Rolland Gautron et Jeanne Dollo
Raoul Du Fou

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Le livre d'heures enluminé en Bretagne // The Illuminated Book of Hours in Brittany

29/09/15
 
Vous pouvez nous supporter directement sur la plateforme de crowdfunding : http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/le-livre-d-heures-enlumine-en-bretagne

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© Heribert Tenschert

Thank you for supporting our initiative to publish :

Jean-Luc Deuffic
with the collaboration of Diane Booton
Introduction : Roger S. Wieck, Curator Medieval and Renaissance manuscripts department, Pierpont Morgan library, New York

Le livre d'heures enluminé en Bretagne // The Illuminated Book of Hours in Brittany


A book of private piety par excellence, the book of hours emerged as one of the best-sellers — one of the most popular works — of the Middle Ages, and in this respect, it remains an essential source for social and cultural history of medieval society. This collection of prayers and devotions, linked to the different hours of the day with its calendar, its litanies of saints, and the particulars of local liturgy, most often illuminated according to the patron’s desires, thus opens the doors of a new world to us.

The proposed publication forms a corpus of nearly four hundred manuscripts connected directly to Brittany, either written for the specific use of one of the nine Breton dioceses or commissioned or just owned by Bretons. Whether illuminated by the greatest masters of the period or by local or itinerant ordinary artisans, in the atelier of the talented Jean Bourdichon (one thinks of the Grandes Heures of Anne de Bretagne) or in the more anonymous ateliers of Rennes or Nantes which were very active from the beginning of the fifteenth century, books of hours invite us to turn the pages of our history. ​Scattered throughout the world in the most prestigious libraries or in private collections, the unique patrimony gathered together here unveils a distinctive aspect of the history of Brittany, thus contributing to reveal richness less often explored.

Each entry contains an accurate physical description of the manuscript with particular reference to its history, accompanied by a splendid colour illustration. Text in French and summary of entries in English.​

Approximately 500 pages, measuring 22 x 30 cm., 200 illustrations in colour and black/white. Softcover or hardback. Publication : last quarter 2016

You can support us directly on the crowdfunding platform: http://www.kisskissbankbank.com/en/projects/le-livre-d-heures-enlumine-en-bretagne


Paris, Bnf, Lat. 1156B

Merci de nous soutenir pour la publication de :

Jean-Luc Deuffic
Avec la collaboration de Diane Booton
Introduction : Roger S. Wieck, Curator Medieval and Renaissance manuscripts department, Pierpont Morgan library, New York

Le livre d'heures enluminé en Bretagne // The Illuminated Book of Hours in Brittany

Livre de piété privée par excellence, le livre d’heures apparaît comme un des « bestsellers » du Moyen Âge, un des ouvrages les plus populaires, et à ce titre reste une source essentielle pour l’histoire sociale et culturelle de la société médiévale. Ce recueil de prières et de dévotions liées aux différentes heures de la journée, avec son calendrier et ses litanies de saints, le plus souvent enluminé au bon vouloir du commanditaire, avec ses particularités liturgiques locales, nous ouvre ainsi les portes d’un monde nouveau.

L'ouvrage que nous présentons forme un corpus de près de quatre cent manuscrits en rapport direct avec la Bretagne, soit ayant été à l’usage particulier d’un des neuf diocèses bretons, soit commandités ou simplement possédés par des Bretons. Enluminés par les plus grands maîtres du temps ou par de simples artisans locaux ou itinérants, dans l’atelier du talentueux Jean Bourdichon (on pense aux Grandes Heures d'Anne de Bretagne) ou dans ceux plus anonymes de Rennes ou de Nantes très actifs dès le début du XVe siècle, les livres d'heures nous invitent à tourner les pages de notre histoire.

Dispersé de par le monde, dans les plus prestigieuses bibliothèques ou dans des collections privées, ce patrimoine unique rassemblé ici dévoile un aspect particulier de l'histoire de Bretagne, contribuant ainsi à faire connaître une richesse souvent ignorée.

Chaque notice comporte une description matérielle précise du manuscrit, avec une place privilégiée à son histoire, et est accompagnée d’une riche illustration couleur.
Texte en français et résumé des notices en anglais.
500 pages environ au format 22 x 30 cm. 200 illustrations en couleurs et noir et blanc. Broché ou relié.
Publication: dernier trimestre 2016.

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Paris, BnF, NAL, 3194

Crédit iconographique : Heribert Tenschert
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Les "Heures de La Mandardière" restituées à Roland Gautron, sénéchal de Lamballe (ca 1475-1496)

22/09/15


© Bibliothèque de Rennes Métropole, ms. 31, f. 1v

Voilà bientôt près de deux siècles que le livre d'heures n° 31 (ancien 15949) de la Bibliothèque de Rennes Métropole se voit attribué au seigneur de La Mandardière. Déjà, Dominique Maillet, dans ses Descriptions, notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque de Rennes (Rennes, 1837, p. 26-28), avait identifié le couple La Mandardière / Dollo dans les deux personnages agenouillés avec leurs enfants, peints et représentés en prière sur une des premières pages du manuscrit. Le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France (t. XXII, 1894, p. 21-22), et toutes les publications ultérieures, jusqu'à aujourd'hui, ont suivi aveuglement les affirmations de Maillet. Pourtant, un élément aurait du éveiller la curiosité de certains. L'ouvrage en question vient des propres collections du président de Robien (1698-1756) (1), dont la famille portait pour armes d'azur à dix billettes d'argent 4, 3, 2 et 1, proches de celles peintes sur la robe de la dame du manuscrit 31 de Rennes. Le seigneur, quant à lui arbore d’azur, à six coquilles d’argent, 3, 2 et 1, dans lequel Maillet a reconnu un membre de la famille de La Mandardière. Mais plusieurs familles bretonnes ont porté ces armes.
Par contre, aucune alliance La Mandardière / Dollo n'est connue. Il faut certainement voir dans le tableau peint Roland Gautron, sénéchal de Lamballe (1467-1496), second fils de Pierre et de Robine Durand, marié à Jeanne Dollo, dame héritière de La Ville-Mainguy, lequel a délaissé ses propres armes (d’azur, à six coquilles d’argent, 3, 2 et 1) pour prendre celles de sa femme (en changeant simplement les émaux), armes qui sont devenues par la suite celles des Robien par le mariage de Jacques Gautron avec Claudine de Robien.

La réformation de 1475 pour la paroisse de Sévignac mentionne Roland Gautron (Gaulteron), chevalier, sénéchal de Lamballe, de Laval, de Limoëllan, de Broons et du Bordage, en Sévignac. C'est lui que le sire Jean de Rieux, tuteur de la jeune duchesse Anne de Bretagne, prit en 1489 sous sa protection et sauvegarde, parce qu'il avait été bon et loyal suget et serviteur du Duc, que Dieu absolve, et de la Duchesse ma souveraine Dame et de chacun successivement, et à celle cause avoir délaissé et abandonné ses maisons et bien meubles y estants, et tous les héritages qu’il avoit en l’Evesché de S. Brieu, et autres endroits de ce pays et Duché n’a gueres occupé par les François (Sauvegarde pour Rolland Gauteron sénéchal de Lamballe (16 avril 1489), édition Dom Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, t. III, col. 640; Bulletin archéologique de l'Association bretonne, t. XV, 1896, p. 119).


© Bibliothèque de Rennes Métropole, ms. 31, f. armes Gautron / Dollo

Le livre d'heures enluminé de Roland Gautron et de Jeanne Dollo traduit le rang social du couple (2). Sans être luxueux, c'est pourtant un manuscrit intéressant, malheureusement mutilé de plusieurs feuillets et enluminures.
Nous ne connaissons pas la date de leur mariage, peut-être vers 1450... (en 1453, Roland est déjà "procureur" de messire Jean de Malestroit). Sur le tableau de famille le seigneur ne porte pas son habit armorié, sans doute du fait que par son mariage avec Jeanne Dollo il avait pris les armes de son épouse. 
Certaines généalogies leur donnent un fils, prénommé Gilles qui épousa en 1501 Yvonne le Coq, dame de la Menardais, et une fille, Jeanne, marié le 21 décembre 1509 avec Thomas Le Mintier, écuyer, seigneur de La Ville-es-Zion. Toutefois ces unions ne concordent guère avec les dates de Roland (la peinture du manuscrit nous montre 1 garçon et 2 filles). Une génération semble avoir été ignorée...


© Bibliothèque de Rennes Métropole, ms. 31, f. 87, détail
 
Le calendrier du livre d'heures de Roland Gautron est de facture rennaise avec plusieurs saints caractéristiques de ce diocèse (Melaine, Méen, Gobrien, Goulven). On y remarque la présence pourtant assez exceptionnelle, au 4 juin, de saint Petroc, honoré notamment à Trébédan, assez proche de Sévignac


© Bibliothèque de Rennes Métropole, ms. 31, f. 76, détail


© Bibliothèque de Rennes Métropole, ms. 31, f. 112, détail

Note
(1) Le catalogue de la Bibliothèque de monsieur le Président de Robien en son hôtel à Rennes, 1749 (Rennes, BM, 569) mentionne sous les n° 215 et 225 : "Heures de Notre Dame" et "quatre paires d'heures manuscrites".
(2) Le livre d'heures (bien plus luxueux) d'un autre sénéchal de Lamballe, Jean Troussier, qui succéda à Roland Gautron, appartient aux collections d'Heribert Tenschert. Voir notre étude: Jean-Luc Deuffic, Le commanditaire breton des « Heures de La Gaptière », dans "Miscellanées bretonnes", Pecia, le livre et l'écrit, 16, 2014, p. 221-228. 


© Bibliothèque de Rennes Métropole, ms. 31, f. 2

Voir généalogie des Dollo/ Gautron / Robien sur le blog de François du Fou.

Manuscrit numérisé : Tablettes Rennaises ; BVMM/IRHT

Georges Dogaer mentionne le ms. 31 comme décoré par l'atelier du Maître aux rinceaux d'or (Gold Scrolls Group) (Flemish Miniature Painting in the 15th and 16th centuries, Amsterdam 1987), référence reprise dans la base Luxury Bound d'Hanno Wijsman.

=====  Ce manuscrit fera l'objet d'une notice plus importante dans notre prochain ouvrage (2016), où seront décrits près de quatre cent livres d'heures : « Car sans heures ne puys Dieu prier ... » / Le Livre d’heures enluminé en Bretagne / The Illuminated Book of Hours in Brittany  =====
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Les livres d'heures des Pontbriand

09/09/15

Nous avons ici-même décrit le livre d'heures d'Isabeau de Pontbriand(t) à l'usage de Saint-Malo, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque de Rennes Métropole (ms. 1277)

 
© Rennes, Bibliothèque Métropole, ms. 1277. La Crucifixion.

Cette même bibliothèque possède le manuscrit (1219) d'un autre membre de cette famille, probablement Olivier de Pontbriand, qui mourut en 1505, Trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, où il fut inhumé. Ses armes, avec mitre et crosse, figurent sur ce livre d'heures, apposées sans doute lorsqu'il était abbé commandataire de Saint-Pierre de Préaux, monastère bénédictin de l'ancien diocèse de Lisieux (Normandie), où il fut nommé par ordre du roi après 1482.


© Rennes, Bibliothèque Métropole, ms. 1219, f. 19. Armes de Pontbriand : d'azur au pont de trois arches d'argent, maçonné de sable

Olivier de Pontbriand fut probablement en possession d'un autre livre d'heures, issu du trésor de la primatiale de Lyon (Lyon, BM, 5143). Ce manuscrit s'ouvre par un feuillet décoré aux armes des Pontbriant, et une note ancienne nous apprend qu'il fut anciennement entre les mains de deux familles bretonnes, seigneurs des Fossés à Plélan-le-Petit (arrondissement de Dinan, Côtes-d'Armor) : La Bouexière et Desnos (ou Des Nos).
Olivier de Pontbriand en fit don à sa soeur aînée.


© Lyon, Bibliothèque Municipale, ms. 5153. Armes de Pontbriand.

Enfin, signalons, le livre d'heures de Pierre de Pontbriand et Anne de Peyronenc, faisant partie des collections de la prestigieuse bibliothèque parisienne de Sainte-Geneviève (ms. 2705), où le couple est représenté en prière :


© Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 2705, f. 3v
 
Dans la chapelle de la Sainte-Epine au château de Montréal, à Issac, en Dordogne gisants de son fils François et de sa femme.


Source

La décoration du manuscrit de Sainte-Geneviève est attribuée à l'atelier du célèbre Jean Bourdichon :


© Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 2705, f. 21v

=====  Ces manuscrits feront l'objet d'une notice plus importante dans notre prochain ouvrage (2016), où seront décrits près de quatre cent livres d'heures : « Car sans heures ne puys Dieu prier ... » / Le livre d’heures enluminé en Bretagne / The Illuminated Book of Hours in Brittany  =====
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10 ans déjà !

07/09/15

Près de 700 billets publiés et voilà déjà 10 ans passés sur ce blog. 

Merci surtout aux lecteurs de partager ma passion !

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Guillaume Le Bret et Jehanne Paluel : des "ornemanistes" bretons révélés par un livre d'heures à l'usage de Saint-Malo (Rennes, BM, ms. 1510)?

01/09/15


© Bibliothèque Rennes Métropole. Nativité, f. 37, détail.

Plusieurs des livres d'heures possédés par la Bibliothèque Métropole de Rennes ont fait l'objet sur ce blog de notes diverses. 
Il en est un, malgré sa modeste allure ("lamentable", comme le précisait en 1992 le Prof. Eberhard König), qui nous a très récemment laissé sur une joie toute particulière. Nous y avons en effet relevé un élément inédit : sa décoration, du moins en partie, a été signée par un couple qui nous semble être les ornemanistes du manuscrit, ces artisans spécialisés dans l'exécution d'initiales filigranées, entre autres. Cette découverte a bien entendu été facilitée par la numérisation du manuscrit (BVMM/IRHT et Tablettes Rennaises).  


© Bibliothèque Rennes Métropole
Ci-dessus, f. 26, les noms de Guillaume Le Bret et de Jehanne Paluel reliés ensemble avec un "coeur".

La pratique de ces signatures ne semble guère courante quand on sait que la grande majorité des enluminures médiévales reste anonyme. Peter Kidd, dont je salue ici le travail (voir son excellent blog Medieval Manuscripts Provenance), me signale par exemple le cas de Stephanus de Aquila étudié par François Avril, un copiste attaché probablement à la chancellerie pontificale, auquel on doit un livre d'heures (Escorial (h.iV.9) et dont le nom se retrouve dans un décor filigrané très élaboré du manuscrit Latin 4969 de la Bibliothèque nationale de France (1). Ici le copiste prend part à la décoration de son manuscrit. De même, François Avril a écrit quelques pages sur "Un enlumineur ornemaniste parisien de la première moitié du XIVe siècle : Jacobus Mathey (Jaquet Maci ?)" (Bulletin Monumental, t. 129, 1971, p. 249-264). Mais nous sommes là déjà en terrain plus luxueux!

Dans notre cas (bien plus modeste il est vrai), celui du livre d'heures à l'usage de Saint-Malo (Rennes, Bibliothèque Métropole, ms. 1510), Guillaume Le Bret et Jehanne Paluel ont laissé leurs noms sur plusieurs initiales filigranées, mais rien n'indique qu'ils sont, l'un ou l'autre, auteur de la copie du texte, ou même s'ils ont participé, de près ou de loin, à l'élaboration des enluminures et peintures du manuscrit.


© Bibliothèque Rennes Métropole
Au f. 70v le nom de Jehanne Paluel


© Bibliothèque Rennes Métropole
f. 74v, le nom de Guillaume Le Bret

Quoiqu'il en soit, une étude précise de ce livre d'heures pourrait nous faire peut-être connaître le travail respectif de chacun d'entre eux.
D'après un premier sondage, les patronymes PALUEL et LE BRET sont présents anciennement dans la région de Dinan / Saint-Malo, le premier attesté à Tréfumel dès les années 1520. Au reste, le village de Paluel se trouve sur la commune de Trigavou, dans l'arrondissement de Dinan

Le livre d'heures à l'usage de Saint-Malo présenté ici possède bien d'autres centres d'intérêt. Parmi ses possesseurs connus, les familles DE NOUAL (ou Denoual *) et ARTUR (qui s'en est servi comme livre de raison dans la seconde moitié du XVIe siècle).
Son calendrier procède de la liturgie malouine : l'inscription de Vincent Ferrier au 5 avril suggère une composition du manuscrit après 1455, date de la canonisation de l'un des apôtres de la Bretagne.
Vincent, martyr (22 janvier, en rouge, patron de la cathédrale de Saint-Malo); Gildas, abbé (29 janvier) ; Jean de Craticula (= Jean de la Grille,1er février, en rouge) ; Jacut, abbé (8 février, au jour précédent, une main ancienne a inscrit « ou prie ») ; Aubin (1er mars, en rouge) ; Guénolé, abbé (Guyngualoy, 3 mars) ; Vincent Ferrier, confesseur (5 avril, en rouge) ; Servais, évêque (13 mai, en rouge) ; Yves, confesseur (19 mai, en rouge) ; Paterne, évêque (21 mai) ; Donatien, martyr (24 mai) ; Gurval, évêque (6 juin) ; Méen, abbé (21 juin, en rouge) ; Aaron, confesseur (22 juin, en rouge) ; Lunaire, évêque (1er juillet, en rouge) ; Translation de saint Malo (11 juillet, en rouge) ; Turiau, évêque (13 juillet) ; Samson, évêque (28 juillet, en rouge) ; Guillaume, évêque (29 juillet, en rouge) ; Armel, abbé (16 août) ; Sulin, abbé (1er octobre) ; Melaine, évêque (11 octobre) ; Magloire, évêque (24 octobre) ; Translation de saint Yves (29 octobre, en rouge) ; Dédicace de l’église de Saint-Malo (30 octobre, en rouge) ; Gobrien, évêque (3 novembre) ; Malo, évêque (15 novembre, en rouge) ; Présentation de la Vierge (21 novembre, en rouge).
Et dans les litanies figurent les saints honorés particulièrement dans ce diocèse : Malo, Melaine, Samson, Magloire, Aaron, Tugdual, Brieuc, Paul, Corentin, Paterne, Méen, Sulin, Servais, Briac ? (« Briave »), Lunaire, Enogat, Jacut, Maudez.

 
© Bibliothèque Rennes Métropole
Fuite en Egypte. Le Prof. Eberhard König y a reconnu une influence flamande.

Pour lors nous n'avons pu identifier le commanditaire du livre d'heures, mais des armes effacées (hermines de sable, maison ducale de Bretagne ? un chevron de gueules...) sont encore visibles au f. 62, à la peinture représentant David en prière, dans une initiale, et en marge inférieure :




© Bibliothèque Rennes Métropole

Une autre particularité de ce manuscrit tient à la reliure. Eberhard König a relevé son "caractère plutôt flamand". Effectivement, elle correspond à ces reliures sur ais de bois couverts de cuir estampé à froid utilisant des plaques produites en Flandre au XVe siècle. Un échange sur Twitter avec @BibMazarine et Peter Kidd m'a dirigé vers l'atelier de Lodewijk Bloc, Ludovicus Bloc (Brügge 1484- 1529) qui signait généralement ses travaux. Certains éléments semblent bien identiques :


Plaque de reliure du livre d'heures à l'usage de Saint-Malo (Rennes, BM, ms.1510)


Frottis d'une reliure de Ludovicus Bloc conservée à la Bibliothèque Saint-Geneviève (MS2708)

En 1992, lors d'une exposition à Rennes, le Eberhard König (2) avançait l'idée que ce livre d'heures, inachevé, avait pu être "transporté en Flandre ... pour rentrer en Bretagne après". Pour notre part nous pensons que ce manuscrit n'a jamais quitté la Bretagne. Saint-Malo, port breton de premier plan, était en contacts permanents avec le pays flamand. Les relations de la Bretagne avec la Flandre avaient commencé dès le XIIIe siècle. Elles se développèrent au XVe siècle, grâce à l'alliance de François II avec Charles-le-Téméraire. Les Bretons fréquentaient surtout les grandes foires de Bergues, Bruges et Anvers. Un des propriétaires du manuscrit, de la famille des armateurs et corsaires ARTUR, commerçait encore avec ce dernier port au milieu du XVIe s. (3) 
Certainement, des plaques de reliures devaient circuler entre les deux pays, comme cela devait être le cas pour des modèles de peintures religieuses, des patrons de vitraux ou des fontes typographiques. D'autre part, il ne faut pas oublier l'importance des artisans itinérants qui travaillèrent dans bien des domaines de l'art en Bretagne. D'un autre côté nos Bretons se sont aussi expatriés (tel le fameux Jean Brito, prototypographe, de Pipriac, installé à Bruges).

Coté décoration, le livre d'heures de la Bibliothèque de Rennes Métropole reste assez décevant. De nombreuses peintures ont été extraites et celles qui restent ont été retouchées par un "enlumineur" du XIXe s (peut-être par Casimir Beslay des Fougerays, un ancien possesseur) qui a même été jusqu'à y ajouter une "Visitation" de son cru. E. König a relevé l'influence nettement flamande de la Fuite en Egypte.

Pour clore cette note sur le livre d'heures de Saint-Malo de la Bibliothèque de Rennes Métropole, soulignons un parallèle avec celui de la Bibliothèque Municipale de Saint-Brieuc (ms. 4). Tous deux contiennent une liste de "frairies" de la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo auxquelles appartenaient leurs possesseurs, ainsi :
Manuscrit Rennes, BM, 1510 :
(vers 1580 ?)
Ensuist les frayries dont est /
------ et sa femme /
Et premier
Du st Esprit
De Nostre Dame
De st Jehan (4) 
De St Jacques
De st Malou
De St Sabastien
De Ste Barbe
De st Guillaume
De st Nicolas de [Tolentin]
De st Cosme et Damien
(d'une autre écriture) du St Sacrement
Manuscrit Saint-Brieuc, BM, 4 :
(vers 1530)
Cy ensuilt les frairies (?) doncq je suy fondés en lesglisse catedral de st Mallo Et premyer
Du Sainct Esperit
De Nostre Dame
De Sainct Jehan 
De Sainct Mallo
De Sainct Sabastien
De Sainct Nycollas de Tolent..
De Sainct Nycollas de Bari
De Saincte Barbe
De Sainct Eloy
de Saint Anthouenne (d'une main plus récente)

Le manuscrit de Saint-Brieuc s'est trouvé entre les mains d'un membre de la famille malouine des Porée, alliée aux ARTUR, d'où sans doute la présence de ces listes de confréries consignées dans les deux livres d'heures.

Notes

(*) Les Heures à l'usage de Gand ou Bruges du couple malouin Jean de Noual (ou Denoual, autre "lignée"de cette famille) et Jeanne Mayngart, composées en 1499, sont passées en vente publique il y a quelques années. Ci-dessous les armes des Denoual (D'azur à deux merlettes d'argent posées en fasce, accompagnées en chef de trois étoiles d'or et en pointe d'un croissant de même) sur une écuelle (détail. Gabrielle Bidart, veuve d’orfèvre de Rennes, 1767, argent, l. 32,5 cm, coll. part. C.B.) (= source)



(1) François Avril, "Stephanus de Aquila", dans Illuminare l'Abruzzo. Codici miniati tra Medioevo e Rinascimento, a cura di G. Curzi, F. Manzari, F. Tentarelli, A. Tomei, Pescara, Carsa Edizioni, 2012, p. 51-57.
(2) Eberhard König, dans Manuscrits à peintures (XIIIe -XVe siècles). Catalogue de l'exposition de Rennes, 18 septembre-18 octobre 1992, p. 46-47, n° 10.
(3) Voir par exemple Jean Kerhervé, "Bretagne et Flandres. Les échanges du XIVe au XVIe siècle", dans Ar Men, n° 22, 1989, p. 17-35.
(4) Saint-Jean-Baptiste, dite des Frères Blancs, fondée en 1240 par Geoffroy, évêque de Saint-Malo.

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PS. Ce manuscrit fera l'objet d'une notice importante dans notre prochain ouvrage, prévu en 2016, où seront décrits près de quatre cent livres d'heures :
« Car sans heures ne puys Dieu prier ... »
Le livre d’heures enluminé en Bretagne
The Illuminated Book of Hours in Brittany

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Je remercie Claudia Rabel (IRHT) pour ces précieux conseils... et Sarah Toulouse (Bibliothèque de Rennes Métropole) pour son amabilité à répondre à mes messages!


© Bibliothèque Rennes Métropole. f. 95, détaiL
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"Jehan Gourdon escripvain demourant à Xaintes" : marché pour la confection d'un graduel (1472)

26/08/15

Le XXVe jour de apvril mil CCCCLXXII fist marché Jehan Gourdon escripvain demourant à Xaintes a noble homme René Chauderier escuier seigneur de Nyoil en la manière qui s'ensuit : C'est assavoir que le dit Gourdon doit faire et noter le noir d'un antiphonier ou responsier a l'usaige de Xaintes et rendre prest dedens de la saint Jehan prouchaine qui vient en ung an tout et en la fourme quil a fait au dit escuyer ung grallier (1) fors quil y aura en chacune paige dix ou onze lignes au choys du dit escuyer lequel escuyer doit fournir le parchemin. Et pour ce faire doit paier la somme de quarante livres au dit Gourdon et oultre par le dit marché doit le dit Gourdon toucher et rendre le dit livre relié bien et deuement. Et fut ce present marché fait presens Pierres Crosson Guillemin Bonfilz et aultres et signé de la main du dit Gourdon les jour et au dessus dis : J. GOURDON

(1) Graduel : voir Glossaire de la langue romane, et notice

Edition par Léopold Delisle, Instructions pour la rédaction d'un catalogue de manuscrits et pour la rédaction d'un inventaire des incunables conservés dans les bibliothèques publiques de France, Paris, Champion, 1911, p. 12-13.

Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Latin 11519: Postilles de Nicolas de Lire sur l'Ancien Testament. En ligne sur GALLICA


Cliquer sur la photo pour agrandir.

Repères
René Chauderier, fils de Jean Chaudrier et Jeanne de Coulaines, épousa Françoise Bonnenfant. Il décède en 1474.
Armes : d'argent à trois chaudrons de sable.
En 1439, il rend aveu de l'hôtel et seigneurie de Cirière et de l'hôtel de Noireterre (Archives départementales des Deux-Sèvres )
En 1441, Jean Jousseaume, seigneur de la Geffardière, son beau-frère, fut poursuivi au Parlement criminel pour graves excès commis sur lui (Paris, AN, X2a 22, aux dates des 28 et 30 mars, 12 et 20 juin 1441 ; Ier et 12 mars, 19 avril et 6 août 1442 ; X2a 23, fol. 53, au 24 juillet 1441). Actes royaux du Poitou (en ligne)
Sur les Chauderier, Chaudrier, alliés aux Ronsard, voir entre autres : Les armoiries d'un Ronsard dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale...
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« Cest a moy vaillant » : les Heures de Villebichot (Northampton, MA, Smith College, Mortimer Rare Book Room, Neilson Library, Ms. 288)

23/08/15

La bibliothèque du Smith College de Northampton est une des dernières institutions à rejoindre la base DIGITAL SCRIPTORIUM. Un post récent de notre ami Peter Kidd nous a ainsi orienté vers ses manuscrits, et nous y avons découvert avec bonheur un livre d'heures ayant servi de "livre de raison" à un membre de la famille DE VILLEBICHOT, modeste lignée de Bourgogne, plus exactement d'Auxonne et des environs de Dijon. Malheureusement, on a, semble-t-il, malicieusement "extirpé" toutes les peintures de ce manuscrit.

Plusieurs notes concernant la famille DE VILLEBICHOT sont ainsi présentes. Sur le contreplat supérieur on peut lire :

Cest a moy vaillant (en lettres gothiques, avec signature, sans doute d'un premier possesseur)

et a moy Jehan Baptiste
de Villebichot a present
commis es grenier a
scel dauxonne et Mirebel



Au f. 1r : "On ne peut servir deux maitres"
f. 14 (en rouge) :

Oracio domini ducis Burgondie qui debet dici cothidie et est valde devota et pulcherrima et est scripta per manus dominia de Burgondia sui primi philozophi et est talis/ Domine sancte pater omnipotens eterne deus qui enoch.../ ...Inimicorum suorum hodierna die liberare di[ ]neris. Per dominum nostrum ihesum christum amen

f. 222v

Eage de Jean Baptiste de Villebichot Jean Baptiste de Villebichot filz de Benigne de Villebichot nasquit au mois doctobre le iii octobre 1588 du corps d'Anne de Xainctonge sa mere au lieu de Gemeaux et fut son parin Mons. Mr Jean Vallon conseiller du Roy au baillage et --- de Dijon et sa maraine dame Janne (blanc) famme de Mr Claude procureur? marchant ------

Eage de Marye Clerc famme dudit Jean Baptiste de Villebichot Marye Clerc de Flavigny fille d'honnorable Estienne Clerc du corps de dame Philiberte Estiennot nasquit audict Flavigny

Avant contreplat inférieur :

Mariage desdits de Villebichot et Clerc en l'année 1619 au moys de febvrier le dimanche, etc

Eage d'Anne de Villebichot Anne de Villebichot nasquit du corps de lad. Marye Clerc au lieu d'Auxonne le samedy iii heures et demye apres midy vingt huictiesme jullay 1622 et furent ses parains et maraines Noble Pierre de Xainctonge (1) conseiller du Roy et son advocat general au parlement de bourgogne pour l'absence duqel Mr Benigne Viard, etc

L'ensemble de ces inscriptions biographiques s'étalent sur plus de huit pages.


Northampton, MA, Smith College, Neilson Library, Mortimer Rare Book Room, Ms. 288, f. 109
Ces bordures assez riches nous font regretter la disparition des peintures ...

Notes (1) Pierre de Xaintonge, seigneur de Reglois et de Marnay, avocat général au Parlement de Bourgogne (1615-1641), auteur de : Discours et Harangues prononcés au Parlement de Dijon, Paris, 1625, 1631 ; L’Arche reposée sur la France sous la conduite de Louis le Juste, Dijon 1639.
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