Paris, Saint-Martin-des-Champs, abbaye

Collégiale de chanoines réguliers installée vers 1059-1060 par le roi Henri Ier, à l'emplacement d'un ancien sanctuaire mérovingien détruit par les Normands, puis confiée par le roi Philippe Ier aux Clunisiens (1079). Le premier prieur, Ourson (1079-1105), était un ami d'Anselme du Bec.

Construction d'une bibliothèque en 1272, à l'instigation du prieur Yves de Chasant (1271-1275), futur abbé de Cluny (« Yvo secundus [...] abbas Clun. primi fundatoris nepos, hanc aedem diuae Virgini sacram, capitulum & alteram claustri medietatem fecit, cum bibliotheca... », d'après Marrier, 1636, p. 216). Une note du 13e siècle ajoutée au bas du f. 334 du deuxième nécrologe de Saint-Martin précise que ce sont le chantre, le sacriste et l'armarius qui sont chargés de faire relier et réparer les livres placés sous leur autorité respective : les graduels, antiphonaires, psautiers pour le chantre, missels et textes des Évangiles couverts d'argent pour le sacriste, Bibles, évangéliaires, homiliaires, passionnaires et tous les autres livres conservés dans l'armarium pour l'armarius (Paris, BNF, lat. 17742, f. 334 ; éd. Lebeuf, 1754-1757, 2, p. 334-382 ; Denoël, 2011 [éd. du passage p. 87-88 et pl. 31, en couleurs]). Dans une charte du 12 novembre 1261 (« in crastino festivitatis beati Martini hyemalis »), le prieur de Saint-Martin-des-Champs, Milon de Vergy [1261-1262, O.S.B. (Clun.), † 1267, frère de l'abbé de Cluny, Yves de Vergy], octroie une rente de 20 sous par. à l'armarius et à ses successeurs et augmente la redevance fixée par les prieurs pour permettre la reliure et la restauration des livres  (éd. Marrier, 1636, p. 212 ; MartÈne - Durand, 1724-1733, 5, p. 1136 ; v. Gallia christiana, 7, 1744, col. 529 (résumé moins précis à partir de Marrier) ; Denoël, 2011, p. 67-108 (résumé, p. 87).

Les prieurs furent généralement des personnalités marquantes : on peut désormais penser que c'est Pierre Aycelin de Montaigu (chancelier du futur duc de Berry, avant de passer au service de Charles V dès 1364, prieur de l'abbaye avant 1361) qui fit très partiellement décorer un Psautier (Paris, Mazarine, ms. 378) par l'enlumineur Jean le Noir qui vivait sur le territoire de l'abbaye clunisienne et qui, en 1358, devint un enlumineur attitré du futur Charles V (Avril [François], « Jean le Noir et Saint-Martin-des-Champs », dans Medieval manuscripts, their makers and users : a special issue of Viator in honor of Richard and Mary Rouse, Turnhout, 2011, p. 103-111).

La présence d'un « Drogo grammaticus » est attestée dès 1067, dans l'acte de dédicace de la première église romane (Denoël, 2011, p. 70 et n. 5). On connaît l'existence d'une école de théologie par un registre de comptes de 1454-1455 (AN, LL 1385, f. 111 ; Denoël, 2011, p. 70 et n. 6) et celle d'écoles de grammaire, situées au-dessous des chambres du dortoir dans le noviciat reconstruit au début du XVIe siècle par un procès-verbal de visite du 1er décembre 1539 (cité par Marrier [Martin], Martiniana, id est, Litterae, tituli, cartae, privilegia et documenta..., Parisiis, 1606, p. 157v° ; sur les études, v. Denoël, 2011, p. 70-71).

L'abbaye, en commende en 1563, fut un des premiers foyers réformateurs et réformés du XVIe siècle : elle fut en effet réformée dès 1501 par Jacques d'Amboise (abbé de Cluny en 1485 et évêque de Clermont-Ferrand [1504-1516]), Jean Raulin ([1443-1514] prédicateur et réformateur, placé un temps à la tête du Collège de Navarre) et Philippe Bourgoin (prieur [1500-1508] de Saint-Martin) ; échec cependant de la réforme mauriste qui ne fut en vigueur que de 1635 à 1645 ; on note toutefois le passage d'Anselme Le Michel : une brève note de sa main signale dans un codex in-4°de Saint-Martin-des-Champs une « Vita s. Theobaldi », peut-être extraite du De Miraculis de Grégoire de Tours (*Paris, BNF, lat. 11777, f. 318v ; inédite).

En visite à l'abbaye en 1537, le grand prieur de Cluny signalait la présence de livres dans les cellules (Marrier [Martin], Martiniana, id est, Litterae, tituli, cartae, privilegia et documenta..., Parisiis, 1606, p. 153v°). Reconstruction d'une bibliothèque entre 1669 et 1677 (Denoël, 2011, p. 71). Dépeçage des mss. vers la fin du 17e siècle avec remplois de mss. liturgiques, de mss. provenant de Chaâlis ou de Crépy en Valois ; sur ces nouvelles reliures, étiquette aux armes du prieuré et cotes numériques commençant par « S. Martin » ou « S. Mart. ». Description de la bibliothèque en 1765 (Piganiol de La Force [Jean-Aimar], Description historique de la Ville de Paris et des ses environs, Paris, 1765, 4, p. 36 ; t. 3 et t. 4 en ligne), avec la mention du transfert de certains mss. dans la Bibliothèque du roi et l'évocation d'Évangiles chrysographes.

 

Denoël, 2011             Denoël, (Charlotte), « La bibliothèque médiévale de Saint-Martin-des-Champs à Paris », dans Scriptorium, 65, 1, 2011, p. 67-108.

Le Gall, 2001            Le Gall (Jean-Marie), Les moines au temps des réformes, France [1480-1560], Seyssel, 2001 (Époques).

Marrier, 1636   Marrier (Martin), Monasterii regalis S. Martini de Campis Paris. ordinis Cluniacensis Historia libris sex partita, Paris, 1636 ; en ligne.

Mercier, 2012   Mercier (Alain), La deuxième fille de Cluny. Grandeurs et misères de Saint-Martin-des-Champs, Grenoble, Paris, 2012 : passim, en particulier p. 491-492 (liste des dignitaires).

Notice BMF : Paris, Saint-Martin-des-Champs — 12e siècle

                   Paris, Saint-Martin-des-Champs — 13e-15e siècles

                   Paris, Saint-Martin-des-Champs — 1342

                   Paris, Saint-Martin-des-Champs - 1413-1417

                  Paris, Saint-Martin-des-Champs - 1429


 

 

 

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How to quote this page : M. Peyrafort, « Paris, Saint-Martin-des-Champs, abbaye », dans , IRHT, Paris, IRHT, 2017 (Ædilis, Sites de programmes scientifiques, 4) [En ligne] http://www.libraria.fr/en/BMF/possesseurs/paris-saint-martin-des-champs
Mis en ligne le 08/01/2015
Modifié le 15/06/2017